Sommaire

Edito

L’élan architectural des années 70 au Sénégal semble reprendre ses titres de noblesse au regard du développement fulgurant de nouveaux édifices qui concilient le beau et l’utile. L’architecte qui est chargé d’aménager les espaces reprend progressivement une place prépondérante dans le façonnement des villes pour redonner au pays son idendité architecturale à l’instar des grandes villes du monde. A Dakar ou à Diamniadio, l’imagination d’un nouveau type d’immobilier se lit à travers l’esthé- tique des bâtiments et le recours à des nouvelles technologies démontre la volonté des techniciens du bâtiment d’inscrire leurs chefs d’oeuvres archtecturaux dans une dynamique de durabilité. Dans cette édition, nous vous proposons un état des lieux sur le patrimoine architectural du Sénégal et une revue des tendances architecturales fortement influencées par les nouveaux modes de vies urbains.

Bonne lecture !

AHMET LO Sales & Ops Manager MaMaison.sn

Dossier Architecture

LE DEFI DE LA PRESERVATION DU PATRIMOINE ARCHITECTURAL

Le Sénégal dispose de partimoines culturel et architectural qui sont à ce jour menacés par les effets du changement climatique. L’intervention des pouvoirs publics pour leur préservation devrait permettre à l’expertise architecturale de s’inspirer du vieux pour faire du neuf . Aussi, cette préservation peut-elle véritablement favoriser le développement d’un secteur-clé de l’économie du pays qu’est le tourisme.

Musée Théodore MONOD

Rénover les villes-musées Lors de la conférence sur le patrimoine architectural organisée en mars dernier au musée Théodore MONOD de l’IFAN, un panel d’experts est revenu sur l’urgence de préserver l’immobilier abîmé par l’empreinte écologique et l’opportunité pour le Sénégal de démontrer la résilience de son patrimoine architectural. Les experts ont revisité le patrimoine immobilier de Saint Louis, Gorée et Dakar pour conclure que la solidité des construc- tions témoigne de la résistance au temps des architectures anciennes et précisément coloniales. Saint Louis a fait montre d’un modèle d’urbanisme résilient et resistant au temps de par son modèle urbain en damiers mais certaines maisons tombent en ruine sous l’effet des agressions climatiques. Etant donné leur importance dans l’histoire du pays, il est devenu urgent pour les autorités notamment le Ministère de la Culture d’assurer la rénovation et le mainiten de ces villes-musées qui, pour le cas de Gorée et Saint Louis sont classées au patimoine culturel de l’UNESCO.

Hôpital Principal de Dakar

Hôtel de Ville de Dakar

Saint Louis

île de Gorée

Initiatives publiques pour la préservation

La préservation du patrimoine historique est régie par la loi n°71-12 du 25 janvier 1971 fixant le régime des monuments historiques et son décret n°2001-1065 du 11 décembre 2001. L’autorité en charge de la préservation est le Ministère de la Culture qui, à travers les arrêtés ministériels n°2711 du 3 mai 2006 et n°8836 du 12 septembre 2007, définit les conditions de rénovation et de restauration du patrimoine. Plusieurs initiatives publiques comme les journées nationales du partimoine (JNP) entrent dans ce cadre de mise en valeur et de promotion du patrimoine. Dans la même veine, en 2017, le gouverneur de la région de Saint Louis a publié un arrêté qui encadre les constructions, les réhabilitations du patrimoine architectural pour venir en appoint aux efforts du gouvernement dans la préservation des sites historiques.

Des opportunités pour booster le tourisme

UNESCO Le Bureau de l’UNESCO à Dakar a précisé dans un rapport que l’inscription de l’île de Gorée et l’île de Saint-Louis sur la liste du patrimoine mondial leur confère une valeur universelle. A cet effet, le patrimoine culturel notamment architectural que renferment ces sites serait une alternative au tourisme balnéaire. La valorisation de l’architecture coloniale met en exergue les autres facettes du pays et cela peut être un moyen pour le pays de booster le secteur du tourisme. Les autorités locales doivent également travailler à restaurer certains bâtiments coloniaux en les revalorisant sous forme de musées, de bibliothèques, de salles de cinéma, de centres culturels, d’hôtels, bâtiments publics.

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RENOUVEAU ARCHITECTURAL ET DEVELOPPEMENT DURABLE

Mbacké NIANG Architecte, Chercheur et Enseignant Ancien Vice-président de l’Ordre des Architectes du Sénégal Consultant-Expert PNUD/FEM/IFDD/IDDRI/ADEME/ CEDEOA/ECREEE/

Il y a une nouvelle façon de penser l’architecture grâce à la synergie de l’habitat bioclimatique, de l’efficacité thermique et énergétique et des énergies renouvelables intégrées aux bâtis.

En marge de la conférence sur le patrimoine architectural au Musée de l’IFAN, M. Mbacké NIANG est revenu sur un large éventail de quetions relatives à la créativité, la recherche d’un renouveau architectural dans l’expansion des espaces urbains et l’importance de la dimension du developpement durable.

La promotion de la créativité

MBN : La promotion de la créativité architecturale a longtemps été une action menée par les pouvoirs publics. Cela remonte à l’époque du Président Senghor qui a élaboré le concept du « Parallélisme Asymétrique » comme méthode de conception de la nouvelle architecture sénégalaise en s’inspirant de l’architecture soudano-sahélienne.

50 ans plus tard, le développement des pôles urbains pourrait s’inscrire dans cette dynamique. Seulement, il faudrait s’interroger si le Sénégal a sa propre identité architecturale ou si nous faisons du « copier-coller » d’autres styles architecturaux dans le monde. Quoi qu’il en soit, la créativité et la recherche d’une nouvelle architecture urbaine doit nécessairement correspondre aux besoins des citoyens tant sur le plan de l’habitat, de l’environnement et de la sécurité. Cependant, on peut toujours faire du neuf en s’inspirant des avantages comparatifs de la typologie de l’habitat du Sénégal : les architectures traditionnelle, coloniale et moderne.

Aspirer à des espaces urbains durables

MBN : Il faut l’inscrire dans le développement durable. Le changement climatique donne l’opportunité d’un nouveau départ. Il y a une nouvelle façon de penser, de concevoir l’urbanisme, l’architecture, la construction et les paysages pour réaliser des établissements humains durables, grâce à la synergie de l’habitat bioclimatique, de l’efficacité thermique et énergétique, et des énergies renouvelables intégrées aux bâtis. Il faut solliciter les architectes dans cette transition écologique, urbaine et économique.

Encourager la recherche et l’innovation dans la construction

MBN : Nos villes doivent être des espaces d’innovation et de pure créativité. Si ces nouvelles villes sont des copies conformes d’autres espaces urbains à travers le monde, c’est aussi un enjeu de renforcement de l’industrie locale et de la promotion d’emplois locaux. Il est donc impératif de créér localement de nouvelles industries du bâtiment pour ainsi limiter les importa- tions des composants du gros-oeuvre et du second-oeuvre renchérissant les coûts de construction. cette nouvelle dynamique doit être accompagnée par l’innovation dans le bâtiment, de nouvelles techniques de construction et la valorisation locale des matériaux de construction. Il y a une plante aquatique de la vallée du fleuve du Sénégal qui s’appelle le typha que nous sommes en train de valoriser comme matériau bio-sourcé isolant thermique pour réguler la température des maisons et d’éviter de consommer d’énergie pour la fabrication des produits et la climatisation des bâtiments. Enfin, il faudrait que l’Etat encourage la recherche dans le domaine de l’innovation et le développement durable et que ces résultats de recherches soient l’objet d’un enseignement dans les universités, écoles d’architecture et d’ingénierie pour réaliser de nouvelles villes avec de nouveaux bâtiments adaptés aux réalités du Sénégal : environnementales, économiques, sociales et culturelles.

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NOUVEAUX ENJEUX DE LA SPATIALISATION URBAINE

Fodé DIOP Architecte DPLG Président du Conseil de l’Ordre des Architectes du Sénégal depuis 2014 Membre du Conseil de l’Union Internationale (UIA) Vice-président de la Fédération des Architectes Francophones d’Afrique (FAFA) Membre du Conseil scientifique de la Fédération mondiale chargée de l’organisation du Forum mondial des Jeunes Architectes.

Le Président de L’Ordre des Architectes M. Fodé DIOP, lève le voile sur les enjeux du développement des nouveaux espaces urbains et livre ses recommandations.

Le nouveau type d’espace urbain

La ville de demain devra mettre en place les dernières technologies de transport en commun et de mobilité électrique. Pour un environnement durable, les villes devront agir dans deux domaines principaux : les déchets et l’énergie. Les villes auront pour mission de réduire, voire d’éviter, leur production de déchets et de mettre en place des systèmes efficaces de récupération et de valorisation des déchets ou produits inutiles en utilisant un nouveau matériau ou produit de qualité ou d’utilité supérieure. Elles devront renforcer leur action en matière d’efficacité énergétique en développant l’éclairage public à faible consommation. Elles devront également mettre en place des systèmes de production locale d’énergie (panneaux solaires sur les toits des édifices, éoliennes, production d’électricité à partir des déchets, etc.).

La valeur élevée de l’immobilier dans les centres villes combinée à la disponibilité limitée des terres rend l’urbanisation actuelle complexe. Le modèle de l’étalement urbain – coûteux en espace, en équipements publics, en énergie – qui primait jusqu’ici n’est plus possible. Il faut réinventer des formes urbaines qui, à la fois, respectent une intimité indispensable, assurent un ensoleillement suffisant, permettent des évolutions et favorisent le « vivre-ensemble ». Il faut une urbanisation responsable et un habitat intelligent où les bâtiments devront faciliter et améliorer la gestion de l’énergie, voire réduire les consommations.

Il faut une urbanisation responsable et un habitat intelligent où les bâtiments devront faciliter et améliorer la gestion de l’énergie, voire de réduire les consommations.

L’implication de l’ingénierie sénégalaise dans le développement de projets urbains

Le cadre juridique de l’exercice de notre profession est régi par des textes qui sont malheureusement mal utilisés et ce contexte ne permet pas de valoriser comme il se doit, notre corporation et le génie du peuple Sénégalais. Notre profession a beaucoup évolué tant du point de vue du nombre d’Architectes qui la composent que du point de vue de leur profil et de leur niveau de formation. Il est regrettable que jusqu’à ce jour, l’implication des Architectes inscrits à l’Ordre des Architectes du Sénégal ne se ressente pas de façon concrète dans un bonne partie des « Grands projets urbains structurants, dits émergents». Au même moment, autre paradoxe, plus de 80% de la commande privée, se fait sans recours à l’Architecte ; en infraction avec les dispositions réglementaires.

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TENDANCES DE L’ARCHITECTURE AU SENEGAL

Villa R+1 à Diamniadio

Immobilier résidentiel Bien vrai que le ciment et le béton sont les éléments prédominants dans la construction, les technologies du bâtiment ont évolué durant la dernière décennie. Certains constructeurs testent à ce jour au Sénégal les possibilités techniques de construire des maisons avec la technologie des panneaux modulaires en polystyrène pour permettre aux architectes de faire des réalisations esthétiques variées.

Immeubles à Dakar

Immobilier commercial Les édifices en béton laissent de plus en plus la place à des bâtiments vitrés ou avec un cloisonnement intérieur en vitrage et l’extérieur en alucobond. Celui-ci est très à la mode et donne une touche esthétique originale. L’alucobond a la particularité de résister à la corrosion, de maintenir la durablité des structures immobilières et de résister aux intempréries et aux rayons UV.

L’architecture d’intérieur Le décor intérieur est étroitement lié aux modes de vie. Pour la jeune génération, les couleurs vives et des espaces de jour très dégagés sont très prisés. S’agissant de la peinture intérieure, il y une forte tendance pour la peinture satinée et à l’huile. En revanche, les endroits publics comme les restaurants ou les hôtels choisissent des revêtements muraux comme des pierres naturelles, des lames PVC ou des panneaux 3D pour égayer leur cadre.

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LA TOUR MIXTE DE DAKAR

Entretien avec Mme Borina ANDRIEU, Managing Director de l’agence Wilmotte & Associés

MaMaison.sn : Quelles sont les raisons qui ont motivé l’agence W&A à s’associer à la conception d’un projet ambitieux comme la tour mixte de Dakar ?

B.A : AMSA a lancé un concours pour la conception d’une tour à usage mixte au coeur de la capitale sénégalaise et c’est le maître d’ouvrage délégué, REDMAN, qui nous a contactés pour nous associer à ce projet ambitieux. À la présentation du projet, nous y avons d’abord vu un important défi technique en raison du positionnement de la parcelle triangulaire dans un tissu urbain extrêmement dense. De plus, c’était pour notre agence une opportunité unique d’accompagner la formidable croissance du Sénégal.

MaMaison.sn : Quelles sont les caractéristiques de cette tour ?

B.A : Nous avons imaginé un immeuble de grande hauteur (IGH) de 20 000 m² et 26 étages, qui s’élève à plus de 100 m de hauteur ! Il s’agit d’une tour mixte composée d’un business center, de commerces, de plateaux de bureaux répartis sur 17 000 m², d’un amphithéâtre, de halls, de deux batteries d’ascenseurs et d’un rooftoop. D’un point de vue géographique, la tour est située sur un axe majeur de la ville, dans un quartier très dense du plateau, précisément entre le Grand Théâtre et le Port de Dakar. À l’extérieur du bâtiment, les espaces sont bien dégagés pour permettre aux piétons de circuler tranquillement.

MaMaison.sn : Quels sont les principaux défis à relever pour mener à bien le projet de cette tour mixte, premier gratte-ciel de la capitale dakaroise ?

B.A : Il y plusieurs paramètres à prendre en compte dans la conception de ce projet. Premièrement, il faut analyser le climat local : étude de l’ensoleillement, de l’influence maritime, de la résistance des bâtiments au vent, de la différence saisonnière des températures, etc..

Fort heureusement, au Sénégal, la faible amplitude des températures nous permet de travailler l’inertie passive pour allier la simplicité technologique au confort de l’usager. Maintenant, il est évidemment compliqué d’ériger un IGH dans une parcelle extrêmement exiguë, de forme triangulaire.

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LA TOUR MIXTE DE DAKAR

Il a également fallu gérer la dénivellation entre les rues qui se rejoignent sur le nez du bâtiment. Le résultat est d’ailleurs très intéressant, avec une tour en forme de voile qui, évidemment, fait écho à l’activité du site. Au-delà de la forme originale du bâtiment, la tour se lit des quatre côtés de façons très différentes. Ce projet est bien étudié, bien réfléchi et s’inscrit dans une véritable démarche de développement durable. Nous avons réussi à transformer les contraintes du site en atouts pour le projet.

Tour mixte de Dakar - 3D

MaMaison.sn : Avez-vous une méthode standard de conception des bâtiments ? B.A : Il faut s’inspirer du contexte culturel et l’interpréter avec les technologies d’aujourd’hui. Les nouveaux types de bâtiments à usages multifonctionnels doivent répondre aujourd’hui à un besoin de mixité. Notre forte expérience internationale nous permet de nous adapter aux contextes locaux, et c’est ce qui fait la richesse et le succès des projets de notre agence.

"Il faut s’inspirer du contexte culturel et l’interpréter avec les technologies d’aujourd’hui."

MaMaison.sn : Quels sont les autres projets dans la région auxquels vous êtes associés ?

B.A : Nous imaginons actuellement le nouveau siège de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest à Diamniadio. Le projet se développera sur près de 50 000 m² et va réunir les trente-trois agences régionales de l’ONU. Il était initialement prévu une tour mais comme il n’y a pas problème de surface à Diamniadio, contrairement à Dakar, nous avons préféré concevoir un bâtiment sur 6 niveaux en mettant l’accent sur le volet développement durable. MaMaison.sn : Suite à une urbanisation accélérée dans les dernières décennies, comment voyez-vous évoluer l’organisation des villes africaines dans les 10 prochaines années ?

B.A : La transition vers des smart cities doit faire l’objet d’une spatialisation urbaine intelligente. Il faut un équilibre et une mixité dans la gestion des espaces. Ensuite, les nouvelles villes doivent se développer avec des infrastructures routières de qualité pour favoriser une circulation fluide et les transports en commun. Les aménagements doivent rendre la vie urbaine plus agréable et nous pensons qu’il existe une dynamique dans ce sens à l’échelle continentale.

MaMaison.sn : La Fondation W opère-t-elle sur des marchés émergents comme l’Afrique pour soutenir de jeunes talents et le patrimoine ?

B.A : Nous avons initié un concours européen qui s’adresse aux jeunes architectes et aux étudiants (www.prixw.com), mais nous menons la réflexion pour une éventuelle collaboration avec des universités en Afrique. Le continent regorge de talents.

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EXEMPLES D’ARCHITECTURE MODERNE

Bâtiments minimalistes

Architecture minimaliste Le minimalisme aujourd’ hui est aussi synonyme de modernité. C’est dû au fait qu’en réalité, le style est devenu une vraie tendance réelle de la mode non seulement dans l’architecture mais aussi dans de nombreux autres domaines. Comme son nom l’indique, ce style est inspiré d’un design simple et épuré. L’extérieur est élégant, sans beaucoup d’ornements et les couleurs sont généralement monochromes.

Architectures high-tech et écologiques

INAUGURATION DE LA CITE GENDARMERIE II

Le Ministère des Forces Armées a inauguré en début avril la Cité Gendarmerie II à Keur Massar. Le projet résidentiel inclut 1 000 logements sur 17 000m² destinés à la coopéra tive d’habitat de la gendarmerie. La BHS a participé au montage financier à hauteur de 407 millions CFA. Le prix d’acquisition d’une villa est de 13 800 000 CFA.

TOUBA EN CROISADE CONTRE LA SPECULATION FONCIERE

Selon Vox Populi, le Khalife général des mourides est décidé à mettre fin à la vente illicite de terrains à usage d’habitation sur l’étendue du territoire foncier de la ville sainte. Le responsable du foncier, Serigne Sidi Abdoul Ahad, a en ce sens sensibilisé les chefs de villages et délégués de Touba sur ce sujet lors d’une assemblée tenue à la résidence Serigne Abdoul Ahad.

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L’oeil de l’expert

LES TECHNIQUES D’ACQUISITON IMMOBILIERE

Maitre Mory DIAKHATE Membre du Comité Directeur de la chambre des Notaires

MaMaison.sn :

Quels sont les dispositifs réglementaires qui régissent les techniques d’acquisitions immobilières ?

techniques d’acquisitions immobilières ? M. D : Les dispositifs réglementaires qui régissent les techniques d’acquisition sont nombreux et éparses. Nous pouvons toutefois les retrouver à travers :

1-Le Code des Obligations Civiles et Commerciales qui concentre en son sein les règles fondamentales en matière contractuelle ;

2- La Loi foncière de 2011 qui organise le système de l’immatriculation de terres et des livres fonciers au Sénégal ;

3- Le Code de la Construction qui organise certains modes d’acquisition qui, jusqu’alors découlaient simplement de la pratique à l’image notamment de la vente d’immeubles à construire encore appelée vente sur plan ;

4- Le code de la famille qui organise certaines opérations comme les donations et les acquisitions par voie de succession pour ne citer que ceux-là.

MaMaison.sn : Quels sont les modes de transferts de propriété prévus par la loi ?

M. D : Les transferts sont organisés suivant ces trois groupes:

1-Transfert définitif de la propriété juridique : VEFA , Vente simple , Vente à terme, Echange d’immeubles,Vente d’immeubles contre remise de locaux à construire , Vente de la nue-propriété

2-Transfert avec possibilité de reprise : Vente à réméré, Vente à tempérament

3-Transfert de droits réels accordant la propriété économique: Vente de l’usufruit , Location-vente, Bail à construction, Bail à réhabilitation

MaMaison.sn : Quels types de transferts sont les plus courants au Sénégal ?

M. D : Le mode de transfert de propriété le plus courant reste la vente d’immeubles. Toutefois, il y a d’autres modes d’acquisition à savoir :

La location-vente est un mode d’acquisition qui est essentiellement pratiquée par les sociétés immobilières comme la SICAP ou la SN HLM. Les promoteurs privés qui veulent proposer ce mode d’acquisition doivent avoir un agrément. Ce mode d’acquisition mérite d’avantage d’être promu pour permettre à l’Etat de pouvoir mieux mener à bien sa politique publique sur l’habitat social.

La Vente en l’Etat Futur d’Achèvement qui confère à l’acquéreur des droits immédiats sur le sol ainsi que la propriété des constructions existantes. Toutefois, ce mode d’acquisition n’en reste pas une vente mais se distingue de par le fait que les constructions n’existent pas encore au moment de la vente et l’acquéreur en devient propriétaire au fur et à mesure de la réalisation des constructions. Quant au paiement du prix, il est également échelonné dans le temps en fonction de la livraison des constructions. Il faut le souligner que la pratique de la VEFA telle que prévue par la loi, n’est pas possible au Sénégal parce qu’elle doit s’accompagner d’un système de publicité foncière. Or, nous n’avons qu’un système de livre foncier.

La vente de la nue-propriété et la vente de l’usufruit : dans le premier cas, le vendeur cède la nue-propriété et se réserve l’usufruit (généralement viager); dans le second cas, le vendeur conserve la nue-propriété et va retrouver la pleine propriété à la fin de l’usufruit.

L’échange d’immeubles se fait rarement et parfois c’est pour éviter le double paiement. Elle peut se faire avec ou sans soulte. Il y a soulte lorsque les biens échangés ont des valeurs différentes. La soulte est la somme d'argent qui doit être payée par celui qui, à l'occasion de l’échange, reçoit un immeuble d'une valeur plus élevée que celle donnée. L'échangiste qui doit payer une soulte est soumis, en ce qui concerne son paiement, aux mêmes obligations qu'un acheteur.

La donation entre vifs : C’est l’opération par laquelle le donateur transfère à titre gratuit au donataire qui accepte la propriété ou l’usufruit d’un bien.

D’autres exemples peuvent être cités comme la transmission par voie testamentaire, par voie de succession... Toutes ces méthodes sont aussi intéressantes les unes que les autres.

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L’interview du mois

MME CATHY SUAREZ - REGIE IMMOBILIERE MUGNIER & CIE

CATHY SUAREZ Directrice de RIM & Cie Présidente du Réseau ANAIS Date de création : 1956 Activités : Administration immobilière 11 rue Mohamed V, BP n°2 Dakar , Sénégal (+221) 33 823 43 74 / (+221) 33 823 23 76 / (+221) 33 823 77 76 www.rimsenegal.com [email protected]

MaMaison.sn – Présentez à nos lecteurs la Régie immobilière Mugnier & Cie

C. S : La Régie Immobilière Mugnier a été créée en 1956 par M. André MUGNIER et a ensuite été gérée par la famille SUAREZ MUGNIER depuis plusieurs décennies. La RIM est l’une des pionnières de l’administration immobilière au Sénégal et nous continuons, à ce jour, le maintien de ce leadership par le développement régulier de stratégies émergentes au niveau de la capitale et bientôt dans les régions.

Sur le plan organisationnel, la RIM est composée d’un président du conseil d’administration, d’une direction générale et commerciale et d’une direction administrative et financière. L’équipe est constituée de ressources humaines qualifiées en comptabilité, en gestion immobilière et en démarchage commercial. Le personnel suit régulièrement des séances de formations en interne vu que le métier d’agent immobilier évolue aux grés de la législation et de l’avancée des nouvelles technologies.

l’avancée des nouvelles technologies. La RIM a également très tôt intégré la dimension digitale dans son organisation en travaillant avec un outil de gestion immobilière performant – actuellement CRYPTO – et par le recours à des plateformes d’annonces immobilières pour atteindre de manière efficace et efficiente les prospects cherchant une location ou envisageant l’achat d’un bien immobilier de moyen ou de haut standing à Dakar.

L’Equipe de la RIM & Cie

MaMaison.sn – La digitalisation occupe apparemment une place centrale dans l’activité immobilière de RIM, est-ce une stratégie largement adoptée par les agences immobilières au Sénégal ? C. S : De toute évidence, les agences qui veulent s’assurer une pérennité doivent se digitaliser. L’époque des annonces dans des journaux ou magazines se meurt au profit des plateformes d’annonces parce qu’aujourd’hui 2 personnes sur 3 interrogent les moteurs de recherches sur internet pour trouver un bien immobilier. D’où cette nécessité d’avoir une présence en ligne. Si vous avez un bon référencement sur internet, vous avez plus de chances de vous faire contacter par des prospects qualifiés.

Quand bien même certains confrères adoptent encore les méthodes classiques dans certains quartiers ou hors de la capitale, nous constatons que de plus en plus d’agences intégrent cette dimension digitale. Au niveau du réseau de l’Association Nationale des Agences Immobilières du Sénégal (ANAIS) dont je suis la présidente, nous sommes très au fait de l’évolution des services digitaux et de leur importance dans l’activité immobilière quotidienne. Nous ne manquons pas de partager régulièrement avec les membres ces nouvelles solutions de l’heure et nous les encourageons à intégrer cette dimension dans leur stratégie globale pour être à la pointe du progrès.

MaMaison.sn – Quelles ont été les motivations qui ont menées à la création de l’ANAIS ?

C. S : L’ANAIS a été créée en 2016 suite à la volonté des pouvoirs publics de mieux encadrer le secteur immobilier en association avec ses acteurs, notamment les agences, qui serviraient d’interlocuteurs à travers ce cadre formel. cette volonté politique est venue à point nommée vu que nous avons longtemps subi les revers d’une profession qui avait semblé imprimer dans l’esprit des gens une image peu flatteuse.

Ce cadre a donc pour missions principales : de fédérer la profession autour d’un réseau de professionnels de qualité, d’uniformiser les modes de gestion pour une meilleure performance nationale et de défendre les intérêts des agences auprès de l’Etat.

"Nous sommes très au fait de l’évolution des services digitaux et de leur importance dans l’activité immobilière quotidienne."

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L’interview du mois

MME CATHY SUAREZ - REGIE IMMOBILIERE MUGNIER & CIE

L’Association Nationale des Agences Immobilières du Sénégal souhaite fédérer la profession en regroupant en son sein des agents immobiliers rigoureux et désireux d’intégrer un réseau professionnel de qualité.

Aujourd’hui, l’ANAIS a réussi à créer un cadre d’échanges, de formation, de partage des outils d’information et de travail entre les membres. Nous comptons près de 35 agences membres et la vie associative est rythmée par des réunions trimestrielles pour faire le point sur les actions menées et les projets en cours.

MaMaison.sn – Envisagez-vous d’y inclure les courtiers?

C. S : Vous savez, les courtiers stimulent une bonne partie du marché immobilier mais leurs modes opératoires restent ancrés dans le cadre informel. Les objectifs communs du gouvernement et de notre association sont incompatibles avec leur souhait d’évoluer dans l’informel.

Maintenant, nous pensons qu’il faudrait d’abord les encadrer par une formation professionnelle diplomante et les accompagner dans leur formalisation. Concrètement, la réflexion est menée dans l’ANAIS autour de la mise sur pied d’une structure immobilière qui fonctionnerait par un système de parrainage des courtiers et qui leur permettrait d’avoir une légitimité auprès des pouvoirs publics.

MaMaison.sn – En 2014, la loi sur la baisse du loyer été promulguée prévoyant des baisses de 4 à 29% suivant un barème des prix. Quatre ans après, quel bilan en tire l’ANAIS ?

C. S : Il faut se rendre à l’évidence. Il y a vraisemblablement eu une précipitation. La promulgation de la loi devait être précédée par une évaluation d’experts immobiliers et par la concertation avec une représentation des agences immobilières. L’environnement dans l’immobilier a aussi été oublié, tel que l’impact du coût de l’électricité ou de l’eau, sur les charges locatives, etc. Bien que ça soit une initiative politique salutaire à l’endroit des populations, en revanche, les agences ont véritablement eu des résistances de la part de certains bailleurs qui dès le départ n’ont pas voulu s’inscrire dans cette dynamique. Cela se comprend. A ce jour, le niveau du loyer continue toujours d’être aussi élevé parce qu’il n’y a pas eu un bon encadrement juridique ni d’observatoire pour un suivi en temps réel des prix.

Pour éviter un autre échec de pareille amplitude, le gouvernement a souhaité que l’ANAIS soit partie prenante du prochain décret présidentiel que le ministre a révélé l’an dernier à l’assemblée pour mieux encadrer le secteur

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MaMaison.sn – Quels sont les projets portés par l’ANAIS pour participer à l’organisation du secteur ?

C. S : Nous avons trois projets principaux :

1) La formation professionnelle : l’ANAIS est en pourparlers avec SUP INFO qui envisage d’intégrer une filière de gestion immobilière dans son programme académique. cette formation serait sanctionnée par un diplôme qui permettrait aux récipiendaires qualifiés et opérationnels d’être engagés immédiatement par des agences immobilières.

2) Une fédération des agences immobilières : nous souhaitons, dans le long terme, nous constituer en fédération pour avoir un poids économique plus important auprès du gouvernement et défendre au mieux les intérêts des professionnels.

3) Une convention de partenariat avec l’Agence Marocaine des Agences Immobilières (AMAI).

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