Renouveau Architectural et Développement Durable

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Renouveau Architectural et Développement Durable
Renouveau Architectural et Développement Durable

MaMaison.sn – Y-a-t-il une place accordée à la créativité architecturale dans le développement des nouveaux espaces urbains au Sénégal ?

MBN : La promotion de la créativité architecturale a longtemps été une action menée par les pouvoirs publics. Cela remonte à l’époque du Président Senghor qui a élaboré le concept du « Parallélisme Asymétrique » comme méthode de conception de la nouvelle architecture sénégalaise en s’inspirant de l’architecture soudano-sahélienne.

50 ans plus tard, le développement des pôles urbains pourraient s’inscrire  dans cette dynamique. Seulement, il faudrait s’interroger si le Sénégal a sa propre identité architecturale ou si nous faisons du « copier-coller » d’autres styles architecturaux dans le monde.

Quoi qu’il en soit, la créativité et la recherche d’une nouvelle architecture urbaine doit nécessairement correspondre aux besoins des citoyens tant sur le plan de l’habitat, de l’environnement et de la sécurité.

Cependant, on peut toujours faire du neuf en s’inspirant sur les avantages comparatifs de la typologie de l’habitat du Sénégal : les architectures traditionnelle, coloniale et moderne.

Que pensez-vous de l’aménagement de l’espace urbain Dakarois ?

MBN : La ville de Dakar souffre des méthodes de l’urbanisme fonctionnaliste, qui répartissent autour d’un centre unique les fonctions urbaines en zones réservées aux espaces de travails, de logements et de loisirs. Ainsi, pour rendre Dakar plus vivable, il est impératif de procéder à sa réhabilitation et à sa rénovation selon les principes du recentrage structurel, du redéploiement territorial et de la redistribution des ressources. Afin d’éviter de reproduire les mêmes erreurs, les aménageurs  des nouveaux pôles urbains du Sénégal pourraient s’inspirer de  la méthodologie des « 3R/MBN ».

L’expansion urbaine pour les anciennes et les nouvelles villes doit faire l’objet d’une planification spatio-temporelle, qui intègre cinq dimensions: l’aménagement du territoire, l’urbanisme,  l’architecture, la construction, les paysages, qui est en adéquation avec les besoins quotidiens des populations par rapport aux différents usages des bâtiments (bureau, commercial, résidentiel, hospitalier, scolaire, sportif, cultuel, culturel, etc..).

Comment peut-on éviter une densification résidentielle non maitrisée à Diamniadio ?

MBN : L’équation de l’habitat se résout par une solution d’ensemble. Il faut tirer des leçons sur l’étouffement de Dakar provoqué par les insuffisances de l’application des documents de planification de l’expansion des années 2000. La réduction de l’assiette foncière a eu pour conséquences une densification des parcelles, une multiplication des constructions en hauteur, l’étroitesse des rues, l’encombrement des voitures dû par un déficit de parkings intra-muros et extra-muros. Il y a donc véritablement un  dysfonctionnement dans la vie urbaine. Il faut alors repenser la spatialisation des besoins du citoyen à toutes échelles notamment dans l’habitat.

Fort heureusement,  la Délégation des Pôles Urbains de Diamniadio et du Lac rose est en train d’esquisser une expansion ordonnée selon le principe du polycentrisme urbain à travers la mixité fonctionnelle dans plusieurs échelles spatio-temporelles.

Comment peut-on aspirer à des espaces urbains durables ?

MBN : Il faut l’inscrire dans le développement durable. Le changement climatique donne l’opportunité d’un nouveau départ. Il y a une  nouvelle façon de penser, de concevoir l’urbanisme, l’architecture, la construction et les paysages pour réaliser des établissements humains durables, grâce à la synergie de l’habitat bioclimatique, de l’efficacité thermique et énergétique, et les énergies renouvelables intégrées aux bâtis. Il faut solliciter les acteurs de l’art de bâtir dont les architectes dans cette transition écologique, urbaine et économique. Nos villes doivent être des espaces d’innovation et de pure créativité.

Mais si ces nouvelles villes sont des copies conformes d’autres espaces urbains à travers le monde, il est prévisible de faibles impacts pour la promotion des emplois durables grâce à la création de nouvelles industries du bâtiment au Sénégal, limitant ainsi les importations des composants du gros-œuvre et du second-œuvre, renchérissant ainsi les coûts de construction. Cette nouvelle dynamique doit être accompagnée par l’innovation dans le bâtiment, de nouvelles techniques de construction et la valorisation locale des matériaux de construction. Il y a une plante aquatique de la vallée du fleuve du Sénégal qui s’appelle le typha que nous sommes en train de valoriser comme matériau bio-sourcé isolant thermique pour réguler la température des maisons et d’éviter de consommer d’énergie pour la fabrication des produits et la climatisation des bâtiments.

Enfin, il faudrait que l’Etat encourage la recherche dans le domaine de l’innovation et le développement durable et que ces résultats de recherche soient l’objet d’un enseignement dans les universités, écoles d’architecture et d’ingénierie pour réaliser de nouvelles villes avec de nouveaux bâtiments adaptés aux réalités du Sénégal : environnementales, économiques, sociales et culturelles.

Ahmet Lo
Sales & Ops Manager à MaMaison.sn. Passionné d'immobilier et professionnel du secteur depuis plus de 10 ans, je suis en charge de la lettre d'information sectorielle qui a vocation à rassembler du contenu et des analyses pour tous les professionnels du secteur de l’immobilier au Sénégal.
 

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