Le Patrimoine Architectural de Saint-Louis

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Le Patrimoine Architectural de Saint-Louis
Le Patrimoine Architectural de Saint-Louis

Saint-Louis du Sénégal

Située sur le fleuve Sénégal, à proximité de son embouchure, l’île de Saint-Louis est séparée de l’océan par cette étonnante formation sablonneuse que constitue la Langue de Barbarie. En 1659, le Normand Louis Caullier fonde sur cette île, appelée Ndar par les habitant locaux, un fort, destiné à contrôler le commerce sur le fleuve. La barre rend très dangereuse l’accès au fleuve, mais tout accostage des navires européens est impossible par la mer. Lorsque le botaniste Adanson y séjourne en 1749, une petite ville s’y est déjà créée autour du fort, qui compte environ 3000 personnes. Devant les incendies à répétition des cases de paille, les autorités coloniales imposent un alignement rigoureux des concessions.

Comme à Gorée, les signares prospèrent et s’enrichissent. Elles construisent les premières maisons en dur et imposent une architecture métisse originale.

Saint-Louis, la plus ancienne ville construite par les Français en Afrique de l’ouest
Saint-Louis, la plus ancienne ville construite par les Français en Afrique de l’ouest

L’architecture coloniale de Saint-Louis

Plus ancienne ville construite par les Français en Afrique de l’ouest, l’essentiel du patrimoine bâti de l’île de Saint-Louis est constitué par un ensemble architectural légué par la colonisation. On y trouve une architecture de type méditerranéenne adaptée dès la première moitié du XIXe siècle au climat tropical : maisons autour d’une cour, répartissant lumière et fraîcheur. Dotée d’une succession de maisons construites à l’apogée de l’île avec leurs façades de chaux de couleur variée et leur toitures à double pente recouverte de tuiles rouges, quand ce n’est pas une terrasse parfois surmontée d’une tourelle de guet.  Les maisons coloniales à étage présentent de nombreuses variantes du même plan type.

En façade, des boutiques et des pièces d’habitations ouvrent sur la rue de chaque côté d’un porche souvent décoré de pilastres et moulures. Au-dessus, un balcon, parfois protégé par un auvent, présente une balustrade construite en bois à l’origine, puis en fer forgé, plus récemment en ciment coquillier.

Au rez-de-chaussée, des boutiques ouvrent grâce à des arcades sur la rue. Le magasin est en général une pièce rectangulaire partagée en deux dans le sens de la longueur par le comptoir. Au-dessus de  la porte subsiste souvent une lucarne avec des tiges en fer, vestige de l’ancienne aération des cellules d’esclaves domestiques qui dormaient là.

Au centre, la cour constitue un puits de lumière et de fraîcheur où se développent les activités domestiques.

Un escalier donne accès à la galerie d’étage qui dessert les chambres.

A l’étage, les appartements en enfilade donnent sur une galerie intérieure dominant la cour. Côté rue,  les appartements ont une ouverture symétrique donnant sur un balcon soutenu par de solides poutres apparentes.

La maison basse constitue un autre exemple d’architecture typique de Saint-louis qui occupe tout un îlot du quartier sud.

Une porte centrale sous porche, décorée de jambages et moulures parfois multicolores, ouvre sur une vaste cour ensoleillée sur laquelle donnent de petits bâtiments d’habitation d’un seul niveau aux toits de tuiles rouges à double pente.

l'architecture de Saint-Louis
l’architecture de Saint-Louis

Une nécessité de rénovation continue

Depuis une bonne dizaine d’années, des initiatives publiques, associatives ou privées se sont attachées à la conservation de ce patrimoine qui donne un cachet si particulier à Saint-Louis et motive l’intérêt que lui porte une des franges les plus dynamiques du tourisme actuel, celle qui recherche un tourisme de découverte autour d’une cité “d’art et d’histoire”.

C’est ainsi qu’ont été réhabilités l’Assemblée Territoriale, le Lycée Cheikh Omar Foutiyou Tall, des entrepôts dans le Sindoné et de belles demeures dans le nord de l’île. Il reste cependant beaucoup à faire pour garder suffisamment de témoignages de cette architecture et pour conserver à Saint-Louis son originalité parmi les grandes cités africaines. Un premier bilan des opérations de réhabilitation conduites ces dernières années met en évidence un certain nombre de difficultés parmi lesquelles la contrainte du coût de la réhabilitation par rapport à celui d’une reconstruction. S’ajoute à cela, les contraintes sociales qui ont évolué vers un type d’utilisation de l’habitat différent de celui du XIX° siècle, la difficulté de redécouvrir des techniques anciennes de chaulage, de couverture, de menuiserie…

Mais, parmi les contraintes techniques les plus ardues figure la présence de la nappe phréatique qui affleure sous tous les types de maisons de l’île, créant fragilité, humidité et dégradation des pieds de murs et affectant indistinctement l’habitat ancien et récent.

A cet égard, il convient de saluer l’initiative originale prise par le chantier «Khayar Gueye» sur un bâtiment vieux d’environ 160 ans, rue Maître Babacar Seye (ex. rue Neuville), au sud de l’île.

Il est exemplaire sur plusieurs points :

  • La chaux nécessaire aux enduits du chantier a été réservée longtemps à l’avance dans deux cuves provisoires et mélangée tous les deux jours pour arriver à la bonne onctuosité le jour où elle devra être utilisée par les maçons.
  • Le chantier, dont le maître d’ouvrage est un pur Saint- Louisien, est encadré par un architecte, par un spécialiste de la chaux et par un «compagnon» présent en permanence sur le site.
  • C’est la première expérience, en vraie grandeur, de rupture d’étanchéité avec la pose d’un film plastique au pied des murs pour empêcher les remontées capillaires qui endommagent généralement tous les édifices de Saint-Louis.

Cette opération est réalisée en partenariat étroit avec Patrimoine Métiers Solidarité qui adéjà engagé 14 chantiers dans l’île et qui forme de jeunes entrepreneurs et des maçons pour accompagner les futures restaurations qui permettront à l’île de garder sa spécificité. Une expérience à suivre de très près car elle pourrait être une solution aux remontées de salpêtre qui handicape régulièrement l’esthétique et la solidité des rénovations effectuées dans Saint-Louis.

 

Yasmine Ngandu
Yasmine Ngandu, community marketer pour MaMaison et Expat-dakar. Passionnée par l’univers des réseaux sociaux, particulièrement le community management et les nouveaux leviers marketing. Véritable produit de la génération "Y", J’arpente le net depuis ses débuts et les médias sociaux depuis 2010…
 

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